Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne

 
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Christian Muslim Forum
Le Christian Muslim Forum a pour vocation de construire et partager des relations entre chrétiens et musulmans en Angleterre et au-delà.
 
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Vous êtes chrétien ou musulman et vous avez fait l’expérience de la rencontre de l’autre différent par sa foi et ses pratiques religieuses en échangeant avec lui sur votre manière de vivre et d’exprimer votre foi dans le contexte culturel, religieux, social et politique de notre temps, ou en étant impliqué avec lui dans la vie de quartier, dans le monde du travail, dans l’action culturelle, dans l’action sociale ou politique,

Vous êtes chrétien ou musulman et vous pensez que bon nombre de chrétiens et de musulmans ont de l’autre ou de sa religion une image faussée par des siècles de déni de l’autre et de sa foi,

Vous êtes chrétien ou musulman et vous estimez qu’il est indispensable que dans notre société, des porteurs d’expressions religieuses et philosophiques différentes apprennent à se découvrir et à échanger sur ce qu’ils vivent pour construire un monde de justice et de paix.

 
Groupe des Foyers Islamo-Chrétien

Afin de mieux vivre leur différences culturelle et religieuse, des couples islamo-chrétiens ont épruvé le besoin de se retrouver. Depuis 1977, ils se réunissent afin de réfléchir à leur engagement de couple, de mettre en commun leur expérience, et approfondir leur foi.

Le groupe de foyers islamo-chrétiens souhaite partager ses préoccupations, ses découvertes, et aider les couples mixtes. Autonomes, nous avons des liens avec toutes personnes et organisation qui désirent promouvoir le dialogue, le respect entre chrétiens et musulmans.

 
La Maison Islamo-Chrétienne
Quand des cultures différentes s’accueillent, le monde change d’aspect. Musulmans et chrétiens créent "la maison de demain" où l’hospitalité n’est pas un vain mot.
 
SRI, Services des relations avec l’Islam

Ce secrétariat est un des organismes mis en place, dès 1974, par les évêques de l’Eglise Catholique de France. Il vise à maintenir des contacts réguliers avec des associations et des personnes appartenant à la religion musulmane, il conseille aussi les chrétiens (prêtres, religieux ou laïcs) que leur situation ou leur fonction amène à établir des liens plus suivis avec des croyants musulmans.

Le secrétariat organise aussi des conférences et des sessions de formation, notamment en juillet. Il publie régulièrement une Lettre que l’on peut obtenir sur demande, ainsi que des dossiers sur des sujets plus précis concernant l’Islam de France et la théologie chrétienne sur le dialogue inter-religieux.

Il dispose aussi d’une bibliothèque ouverte aux chercheurs et aux étudiants, tant chrétiens que musulmans.

 
GROUPE DE RECHERCHES ISLAMO-CHRÉTIENNE
Depuis 1997, au sein du GRIC (Groupe de recherches islamo-chrétien), des chercheurs chrétiens et musulmans se rencontrent régulièrement en différents pays pour dialoguer et approfondir des questions importantes comme le rapport aux Textes sacrés, pluralisme et laïcité, foi et justice, péché et responsabilité éthique ou les identités en devenir.
 
Le patrimoine culturel mésopotamien en Méditerranée
mardi 27 janvier 2009

Conférence donnée par Christian Lochon, le 28 décembre 2008 à la Mosquée de Paris

Introduction

De la Mésopotamie à la Norvège, de l’antiquité au XXIe siècle, un ensemble de mythes, de traditions et d’échanges culturels, n’a pas cessé de lier les civilisations riveraines de la Méditerranée ou de l’hinterland proche. Que ce soit dans les domaines religieux, juridique, littéraire, scientifique, médical, philosophique, les exemples abondent, naturellement plutôt peu connus ; ce n’est que récemment par exemple que des chercheurs ont reconnu l’influence de la littérature épique persane préislamique sur les chansons de geste européennes.

Dans le cadre du projet d’Union pour la Méditerranée, conforté récemment, on pourra élaborer des kits minimum de cette culture commune que d’aucuns peuvent appeler « fait religieux », et d’autres « patrimoine méditerranéen », et qui seraient mis à la disposition du grand public par des commissions de chercheurs des régions intéressées.

Le Musée du Louvre nous invite précisément (du 14 mars au 2 juin 2008) à admirer le legs mésopotamien dans une exposition d’une très grande richesse, simplement appelée « Babylone ». Elle constitue une reconnaissance de cet héritage historique, de ces mythes et de ces légendes qui sont à la base de notre culture, alors que le pays où ils sont nés est en proie à une guerre civile atroce. Ses citoyens souffrent dans leur chair et leurs biens, et les sites historiques sont pillés et dévastés depuis la première guerre du Golfe en 1991. Les déprédations occasionnées aux musées national de Bagdad et provinciaux de Mossoul et de Nassiriya sont sans limite. Le site d’Our, abandonné par ses habitants au 4e siècle de notre ère, et dont la ziggourat du dieu-lune Nano domine désormais un immense plateau ensablé, s’était préparé en vain à accueillir le Pape en 2000 dans son cadre abrahamique. Or, la ville de naissance du père d’Isaac est incluse dans un périmètre militaire américain, et le trafic des antiquités ne cesse plus. Des milliers d’objets mésopotamiens, comme ceux du Musée de Kaboul, se retrouvent à New York ou à Tokyo.

Heureusement que cette exposition, et elle va certainement circuler dans d’autres musées, nous montre l’influence de la Mésopotamie sur les autres peuples de l’antiquité, dont l’Egypte, où se ressourceront les savants grecs, et par eux les mythes nous atteindront et nous les ferons nôtres, parce qu’ils seront contenus dans les textes fondateurs du judaïsme, du christianisme et de l’islam.

C’est en Mésopotamie que commencent nos mythes en même temps que notre histoire. On y trouve dès le IVe millénaire avant notre ère une civilisation, dans toute la perfection et la complexité que cela implique, qui s’est manifestée : la création de villes, l’organisation sociale, l’institution du droit, la production organisée du commerce, de l’outillage, de la nourriture, la naissance de l’art, les débuts de l’esprit scientifique, enfin et surtout, invention prodigieuse, la mise au point d’une écriture.

48 siècles plus tard, sur les mêmes rives du Tigre et de l’Euphrate, une autre civilisation prestigieuse disposera en amont de nouveaux éléments pour relancer une nouvelle culture mêlant philosophie grecque, mathématiques indiennes, sciences et technologie arabes qui parviendront à l’Europe par les deux courroies de transmission de l’Andalousie et de la Sicile. M. Salah Stétié s’exprime ainsi sur cette évolution : « Les prodigieuses avancées ont créé l’espace méditerranéen avec ses villes de pensée et d’art, villes antagonistes dans l’histoire mais complémentaires dans la civilisation (Paris, Journal des Palmes Académiques, octobre 2006).

J’avais pu rappeler ici même que lorsque M. Jean Pierre Chevènement était ministre de l’Education nationale en 1985, il avait demandé au Pr. Jacques Berque, disciple de Louis Massignon, un rapport sur L’immigration à l’école. Le grand islamologue suggéra au ministre de créer les conditions adéquates pour « solidariser et non pas juxtaposer les cultures, ce qui implique que l’on recherche à l’école l’enrichissement de la culture nationale par l’apport des cultures des autres ». Dans un discours prononcé le 19/12/1985, le ministre déclarait : « Les communautés immigrées rattachées à de grandes civilisations, de grandes cultures et de grandes langues de déploiement international, nous offrent de nouvelles possibilités de coopération, d’échanges culturels...Il faut que nos élèves sachent qu’il existe des civilisations riches ailleurs qu’en Occident », et il concluait : « Il existe des civilisations ailleurs qu’en Occident ».

Il faudra que nos enseignants de l’ensemble des pays concernés prennent conscience d’ailleurs que ces « cultures non occidentales » doivent être envisagées comme relevant aussi du substrat culturel méditerranéen.

Le « fait religieux » est là dans ses bases communes qu’il est nécessaire de formaliser dans des programmes spécifiques. M. Mohsen Ismail, diplômé de la Zitouna de Tunis, et professeur à l’université de Rennes, met en valeur : « l’exemple de Palerme ou de Cordoue, deux villes qui ont abrité dans le passé, les trois religions... L’idéal à atteindre, dans un contexte de mondialisation, est l’union entre tous les hommes. Les manuels auraient pu jouer un rôle réellement utile en enseignant à l’élève les droits à la ressemblance et à la différence. C’est, en effet, le même Dieu qui s’appelle en arabe « Allah », en français, « Dieu » et en anglais « God »... Sans trop de difficulté, l’élève comprendra que les composantes d’une même société appartiennent à une même culture, même si elles ne partagent pas les mêmes convictions religieuses ».

I - Le patrimoine religieux commun

A - Mythes mésopotamiens

Le site de Babylone remonte à la préhistoire. Il est situé à 90 km au sud de Bagdad. Sous le roi Hammourabi (1792-1750 av. J.C.), la capitale de la Mésopotamie connut un important essor littéraire, artistique, scientifique et juridique. Sous le règne du chaldéen Nabuchodonosor (605-562), qui reconstitua un empire qui s’étendait jusqu’à l’Egypte, Babylone devint la plus belle capitale du monde. Elle était peuplée de plusieurs dizaines de milliers d’habitants, dans un pays qui en comptait plusieurs millions. En partie grâce à son port de l’Euphrate, cette cité était en relations commerciales par le Golfe Persique avec l’Inde et la Chine vers l’Est, et l’Egypte et le Proche Orient vers l’Ouest. On trouve même des inscriptions babyloniennes au Yémen. La langue, dérivée de l’akkadien, était utilisée pour différents usages de l’Iran à L’Egypte. Conquise par Cyrus (-538) et en partie détruite par les Perses après une révolte (- 482), elle demeura célèbre et connue grâce à Hérodote en Europe. Alexandre le Grand en fit la capitale de son empire : il n’y retourna que pour y mourir en 322. Une expédition allemande fouilla le site au début du XXe siècle et a reconstitué au Musée de Pergame à Berlin la Porte d’Ishtar et la voie processionnelle grâce à des fragments de mosaïque collationnés in situ. Saddam Hussein avait, sur place, restauré la Porte d’Ishtar, le palais de Nabuchodonosor, la voie processionnelle et le temple d’Ishtar. La base de la ziggourat y est toujours visible.

Ce sont les rites religieux et les dieux mésopotamiens qui vont être reproduits dans les autres civilisations proche-orientales et en Grèce. Shamash, dieu du disque solaire et de la justice, dont le symbole était en forme de croix ; Ishtar, déesse de la fécondité, qui deviendra Astarté en Syrie ; Sin, le dieu Lune (masculin) dont le culte sera repris par les Arabes, le croissant de lune devenant le symbole de l’islam.

Dieux et déesses étaient redoutables, voire effrayants ; le corpus de prières recueillies montre qu’on leur demandait de ne pas intervenir dans la vie des hommes qui avaient été créés pour les dispenser de tout effort. Ereshkigal, sœur d’Ishtar, était reine des enfers ; elle est représentée entre deux hiboux. Les prêtres, professionnels avisés, pratiquaient l’exorcisme et la divination, comme de nombreuses tablettes nous le montrent.

Ce qui a frappé le plus les autres civilisations, c’est l’érection des « ziggourat » (du sumérien « zaqaru » , être élevé), édifices monumentaux à étages. Hérodote décrira celle de Babylone (91 m de carré et 91 m de hauteur), appelée « etemenanki » (« maison-fondement du ciel et de la terre »), et qui comportait 7 étages dont le dernier abritait le temple. La ziggourat rappelait la terre émergeant de l’océan primordial (dont on retrouvera le mythe en Inde) et symbolisait l’axe polaire ou pivot cosmique. Elle était peinte dans les sept couleurs de l’arc-en-ciel et on en retrouve la description par les juifs exilés à Babylone dans la Genèse 9 (12-17) : « Quand j’aurai rassemblé des nuages, l’arc paraîtra dans la nue et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chose ».

Le souverain, par sa pureté rituelle (comme les brahmanes en Inde) garantissait les bonnes relations avec les dieux, avec lesquels il participait à un banquet annuel « takultu ». Il est figuré avec un couffin sur la tête car il doit être toujours prêt à réparer les constructions élevées en matériaux fragiles. Le symbole du souverain-bâtisseur fera école.

1)Influence sur l’Egypte

En Egypte on retrouve l’image de l’abîme primordial (Noun) d’où émerge un monticule (Atum Ka à Heliopolis). Le rôle de la pluie (Tefnout est fille d’Atoum) est primordial alors qu’il ne pleut pas en Egypte (à la différence de l’Assyrie) marquant aussi une probable influence.

Quant à la première pyramide à degrés de Zoser, à Saqqarah, elle est naturellement une réplique des ziggourats à degrés.

Plusieurs des mythes sont empruntés à la Mésopotamie, ainsi Horus en lutte contre le crocodile, symbolisant le combat entre le bien et le mal, reproduit celui du dieu Mardouk (Mardochée dans la bible) se battant contre le dragon Tiamat (figurine de - 4000 au Louvre).

2)Influence sur l’Inde

Vers l’est, les Sumériens légueront leur mythe de l’abîme d’où émerge une montagne, à la civilisation Araja (environ 3000 av. J.C.) qui la verra consignée dans les Upanishad (environ 1800 av. J.C.). Le monde est d’abord aquatique (4500 av. J.C.).

C’est que ces Sumériens faisaient remonter la création du monde à un combat contre des divinités bienveillantes, et Kur, le dieu du monde infernal, maître de l’océan primordial. Kur a offensé Ereshkigal, la déesse du ciel, qui est soutenue par Enki, le dieu des eaux douces. Celui-ci se lance dans une barque à la poursuite de Kur, lequel ordonne à l’océan primordial de l’engloutir, mais Enki finalement l’emporte.

De même, les relations avec la civilisation du Mohendjo Daro, dans le bassin de l’Indus, ont été attestées par la découverte de jarres à col bas munies d’un obturateur en cône tronqué, produites dans la ville mésopotamienne de Kish (- 2850) et les vestiges d’un temple sumérien.

3) Influence sur l’Iran

Les temples et les palais sumériens étaient construits sur des plates-formes en briques ; on peut voir le même usage à Persépolis. D’autre part, le Shahnamé, l’ouvrage classique de Firdousi (Xe siècle a.d.) sur les dynasties iraniennes préislamiques parle du mythe d’ascension au ciel, réplique de celui du Roi Etanu (- XVIIe siècle) montant au ciel consulter Ishtar.

4) Influence sur le judaïsme

La déportation des Juifs à Babylone par les Assyriens conduisit certains rédacteurs bibliques à présenter ce peuple de manière partiale. Ainsi la description de Daniel dans la fosse aux lions où il aurait été jeté par Nabuchodonosor, ou la conduite courageuse de Judith qui incarne le mythe antique de la femme sacrifiée pour sauver son peuple. Judith se rendra auprès du général assyrien Holopherne pour le séduire, l’enivrer et le tuer. La tête du général piquée sur les remparts mettra les troupes ennemies en déroute.

Plus tard, Saint Augustin opposera Jérusalem, cité de Dieu, à Babylone, cité des hommes perdus. En fait les prêtres juifs reproduisirent le texte des tablettes mésopotamiennes qui leur inspira les légendes bibliques.

Ainsi de la création de l’homme. Au commencement, l’univers ne comptait que des dieux et les petits dieux devaient s’occuper des durs travaux agricoles, mais ils se révoltèrent. Alors le dieu Aya eut la bonne idée de résoudre le problème : il proposa la création de l’homme ; celui-ci serait chargé des travaux pénibles. Satisfaits de cette proposition, les dieux confièrent cette œuvre à la déesse Mami (appelée également Nintu ou Bêlet-Kalä-Ili : maîtresse des dieux). L’homme fut créé du limon de la terre auquel fut mélangé du sang divin.

La Tour de Babel apparaît dans la Genèse 11, 1-9 « ayant sa tête dans les cieux », et également dans l’épisode du songe de Jacob, qui se serait déroulé à Harran (Genèse 11, 31-32) ; on y voit « l’escalier de terre qui conduit aux cieux », parcouru par les elohims (réplique de l’akkadien « ilu »), messagers de vertu et qui l’empruntent pour monter ou descendre.

En ce qui concerne la description du déluge rapportée dans la Genèse6, 11-17, elle est empruntée à l’épopée de Gilgamesh, héros sumérien du IIIe millénaire roi d’Uruk (d’où la dénomination moderne d’Irak), où se retrouvent la plupart des mythes fondateurs. L’arche de Utanapishti, que cet homme a construite à l’invitation du dieu Enlil, a sept étages et est calfatée de bitume. L’arche de Noë n’en a que trois ; voici le texte original :

« Démolis ta maison (et) construis un bateau. Abandonne tes richesses (et) cherche la vie sauve, Renonce à tes biens (et) sauve ta vie. Embarque avec toi un spécimen de chaque être vivant. Le bateau que tu vas construire, Ses dimensions doivent toutes correspondre entre elles : Sa largeur et sa longueur doivent être semblables, Couvre-le d’un toit comme l’Apsu (l’océan d’eau douce) Qui soutient la terre. Lorsque le bateau fut construit, on procéda à son chargement en attendant le Déluge ».

Le mythe de Job qui apparaît dans le Coran après la Bible est évoqué dans le poème dit du « Juste Souffrant », Agou-shaja en ces termes : « La souffrance m’engloutit, comme un être uniquement choisi pour les larmes ; le mauvais sort me tient en sa main, emporte mon souffle de vie, la fièvre maligne baigna mon corps, Mon Dieu, Ô Toi le père qui m’a engendré, relève mon visage... »

Quant à Sargon qui prit le pouvoir à Akkad vers - 2300, son histoire, telle qu’elle nous est rapportée par les scribes, est semblable à celle de Moïse enfant ; il avait été abandonné au fleuve dans une corbeille de jonc. Lui aussi fut donc « sauvé des eaux » avant que la déesse Ishtar ne le prenne sous sa protection et fasse de l’empire qu’il bâtira le centre du monde. La capitale en était Agadé, et curieusement, elle n’a jamais été retrouvée par les archéologues. Mais la légende aura été reprise elle aussi dans la Bible.

Enfin la croyance en la résurrection semble avoir été adoptée par les Juifs au moment de leur exil forcé à Babylone.

5)Influence sur la Grèce

Le prestige de Babylone auprès des Grecs est l’œuvre d’Hérodote (- 484 - 420) ; il la fit reconnaître comme « Mère des Lettres et des Arts » et Alexandre Le Grand, en avait fait la capitale de son Empire et il y mourut en - 323 avant d’accomplir totalement son projet de la restaurer. Les écrits hellénistiques témoignent de l’admiration des Grecs pour son architecture, ses gigantesques doubles remparts en briques d’une périphérie de 20 km, les luxuriants jardins suspendus de la reine Sémiramis (légende inventée par Hérodote), son pont sur l’Euphrate, les réseaux de ses rues et le temple de Mardouk.

D’ailleurs les dieux grecs conserveront des caractéristiques mésopotamiennes, transmises par les phéniciens ; à Babylone, la déesse Chala, épouse du dieu Addad tient à la main un épi d’orge, puis la déesse Atta, épouse du dieu Haddad (dont le temple qui lui est consacré à Damas sera dédié à Bacchus par les Romains, transformé en église Saint-Jean à l’époque chrétienne, devenant la Mosquée des Omeyyades lors de la conquête musulmane) est vierge, ailée et tenant un épi ; la déesse Athena est représentée également vierge, ailée et tenant un épi. Quant au dieu Assour qui meurt et renaît, comme la végétation, il deviendra Osiris chez les Egyptiens, et Adonis chez les Grecs.

Les héros de la mythologie grecque viennent eux aussi de la mythologie mésopotamienne. Orphée descendra aux Enfers pour apercevoir Eurydice comme Gilgamesh l’aura fait à la recherche de son ami Enkidu. Laocoon tuant l’hydre de l’Herne est une réplique de Mardouk tuant le dragon Tiamat (déjà vu pour l’Egypte).

Le mythe d’Icare est présent dans l’épopée de Gilgamesh. Ainsi du mythe de Persée, qui tue et décapite la Gorgone et défait tous ses ennemis, aidé en cela par Athena, comme Gilgamesh tue le Géant Humbaba grâce au dieu Shamash. Quant aux douze travaux imposés à Herakles, six du cycle de la lumière et six du cycle de l’ombre, pour justifier la maîtrise de soi et la royauté sur les autres, Gilgamesh les a déjà subis dans une dimension initiatique découvrant la purification progressive de l’âme en harmonie avec le cosmos.

6)Influence sur le Christianisme

Le livre de Daniel dans la Bible qui décrit les derniers moments de Babylone, l’ultime festin de Balthasar, avant l’entrée de Darius (- 539), constituera in thème récurrent pour les Chrétiens comparant la pureté évangélique à la décadence de la Rome impériale, assimilée à Babylone. Plus tard, au moment de la Réforme (XVIe siècle), les Protestants assimileront la Rome papale à Babylone.

Le mythe de Mardouk et de Tiamet sera repris par celui de Saint Georges (ou de Saint-Michel) tuant à leur tour le dragon, symbole du péché.

Sous l’empire ottoman le legs d’une parisienne pieuse sera offert pour créer le siège d’un évêque latin à Baghdad, qui sera surnommé évêque de Babylone, réservé à un prélat français. Sa résidence à Paris donnera son nom à la rue de Babylone, dans le 7e arrondissement.

7)Influence sur le Manichéisme

Le géant Humbaba, comme vu plus haut, tué dans la forêt des Cèdres par Gilgamesh et Enkidu, inspirera le mythe des Géants recueilli dans le livre sacré des Manichéens. Eusèbe de Césarée, puis Le Roman d’Alexandre évoqueront ce passage, ainsi que le Conte de Boulouqiya dans les 1001 Nuits .

8)Influence sur l’Islam

Le code d’Hammourabi aura recommandé aux femmes mariées de se couvrir les cheveux et l’interdira aux prostituées. Cette coutume sociale reprise par Saint Paul sera sacralisée par les musulmans.

En architecture sacrée, le minaret à rampe hélicoïdale de Samarra (VIIIe siècle) reproduira le style de la ziggourat, que reprendra le gouverneur irakien du Caire pour le minaret de la mosquée d’Ibn Touloun.

Lorsque Jean Nouvel concevra l’Institut du Monde Arabe, il construira pour relier les deux étages de la bibliothèque de l’établissement une rampe hélicoïdale, clin d’œil au minaret de Samarra , mais aussi à la tour de Babel .

B) Mythes Iraniens : l’héritage spirituel de Zoroastre

Le personnage de Zoroastre est connu dans le monde entier. Pourtant la religion mazdéenne qu’il a réformée ne compte plus que 200.000 fidèles dont 100.000 en Inde. C’est que persécutés après la conquête musulmane de leur pays, le zoroastriens iraniens s’enfuirent, en partie, en Inde, au Gujrat, particulièrement à Bombay, où ils constituent encore aujourd’hui une communauté riche et éduquée, détenant une partie de la grande industrie indienne (les camions Tata par exemple). C’est pourquoi leur littérature ancienne écrite en vieux-perse fut découverte en Inde dans unes version sanskrite par un chercheur français, Anquetil-Duperron qui, en 1771, traduisit l’ « Avesta ». C’était la première approche d’un texte asiatique si l’on excepte bien sûr la Bible et le Coran. Abraham-Hyacinthe Anquetil-Duperron (1731-1805), afin de se rendre en Inde en quête de ce manuscrit, s’était engagé comme simple soldat pour servir dans les possessions franco-indiennes. D’ailleurs, l’existence même de Zoroastre est contestée. Néanmoins, Friedrich Nietzsche, en 1883, dans Ainsi parlait Zarathoustra, rappela le mythe zoroastrien aux Européens du XXe siècle, et son influence dans les domaines culturel, philosophique et religieux.

a) Espaces et Société Indo-Européens

Zoroastre aurait prêché d’abord sa réforme de la religion traditionnelle dans l’espace iranien ou « aryen » (même mot) , qui comprenait au nord les vallées de l’Amou Darya (Oxus) et du Syr Darya (laxartes), actuellement en Ouzbékistan, à l’ouest les territoires couvrant le Kurdistan, l’Arménie, l’Azerbaïdjan actuels, à l’est d’Afghanistan, le Cachemire et le Béloutchistan (Pakistan) ; en fait un plateau entre 800 et 1.200 mètres, moins désertique il y a quatre mille ans, habité dès le néolithique, parcouru par des tribus indo-iraniennes (« arya » en sanskrit). Ces tribus pénètrent au Nord-Ouest de l’Inde au début du 2e millénaire avant J-C. Leurs chefs militaires sont appelés « raja » et elles sont divisées en castes professionnelles (« varna », soit « couleur »). Les Aryens vont conquérir l‘Iran au cours de dix siècles, puis les royaumes hittite, kassite, hourrite, mitannien (vers -1500), empruntant leurs dieux Mithra, Varouna, Indra. Leurs ancêtres seront descendus de l’Aral au IIIe millénaire avant J-C. et auront créé la civilisation indienne connue sous les noms de Mohenjodara et Haradda. Une de leurs tribus, installée dans la région de Rey (Téhéran), actuel), va devenir célèbre, les Mages.

Hérodote décrit l’empire mède d’Iran auquel succèdent les Perses avec la dynastie achéménide. Cyrus conquiert la Babylonie, Darius le Nord de l’Inde et la Scythie. Puis Alexandre, au IVe siècle avant J-C., venge les Grecs et s’empare de cet immense empire iranien. La dynastie hellène qui lui succédera disparaîtra avec l’Empire Sassanide (224-642), moment d’épanouissement culturel pour la civilisation perse et la religion mazdéenne. En 641, cette société s’efface avec les envahisseurs arabes.

Auparavant, elle aura donné le modèle d’une société trifonctionnelle, englobant les classes des prêtres, des guerriers et des éleveurs, dont le grand Georges Dumézil a montré la correspondance avec la société romaine, également indo-européenne, et qui a perduré jusqu’à aujourd’hui dans les castes hindoues, les brahmanes (caste sacerdotale), les kshatriya (militaire), les vaisiya (marchande et productrice de biens agricoles et d’élevage). En amont de cette conception socio-culturelle, se trouve l’enseignement de la tradition indienne du Rig-Veda : l’univers est l’union des contraires ; il est également illusion dans la mesure où les ténèbres sont de la lumière non manifestée, que les dieux sont en l’homme, puisque le brahmane symbolise le principe spirituel incarné dans la matière mais toujours actif.

b)Vie de Zoroastre

Zardoucht (660-583 avant J.C.) que les Grecs ont transcrit en Zoroastre, serait né en Bactriane (Afghanistan actuel),et aurait été un prêtre réformateur de la religion mazdéenne. A l’âge de 30 ans, il eu une vision qui le poussa à prêcher dans une grande partie de l’Iran, critiquant les pratiques sacrificielles d’animaux, traditionnelles chez les Indo-Européens , ce qui lui attira l’hostilité de la classe sacerdotale. Il dût fuir jusqu’à ce qu’un souverain bactrien, Vichtapa, accepte son message. Le prophète développera son enseignement dans des passages recueillis dans l’Avesta sous la forme d’une conception humaniste unificatrice à terme de l’Iran ancien. C’est dans son temple qu’il sera tué par un nomade touranien (turc).

Voilà ce qui est dit de sa vie. Des traditions grecques le font vivre 5.000 ans avant la Guerre de Troie, voire 6.000 ans avant la mort de Platon. Aussi s’est-on demandé si Zoroastre ne représentait pas une légende mythique introduite dans la formation des « mages ». En tout cas, dans les Gathas , recueillis dans l’Avesta, et que les prêtres lisent aux fidèles durant les cérémonies cultuelles, Zoroastre apparaît avec ses trois fils, également « sauveurs du monde », comme conduit au Ciel pour y entendre les révélations mêmes d’Ahoura Mazda. Cette ascension sera reproduite dans l’hagiographie du prophète de l’Islam.

c)La religion mazdéenne

Le rôle de la société régie par la religion mazdéenne est d’ordre religieux, social et cosmique. C’est à dire que depuis l’Etre Suprême jusqu’au « diable » lui-même, chacun a un rôle eschatologique à jouer : le roi, le prêtre, et même le plus simple des sujets. Dieu, le Dieu du Bien, crée le monde par la pensée. Un certain nombre d’entités l’assistent, trois masculines et trois féminines ; Mithra le dieu du soleil, Anahita la déesse de la fécondité ont été adoptés dans le panthéon mazdéen. Pourtant le mazdéisme est monothéiste. Ahoura-Mazda créa le monde physique pour attirer l’esprit du mal, Ahriman, hors du monde spirituel, et ainsi pouvoir le détruire avec l’aide de l’humanité. Chez les mazdéens, Ahoura-Mazda n’est donc pas directement responsable du mal dans le monde puisque le mal est la condition de l’évolution des humains et de leur libération. Ce que sait Ahura (« Seigneur ») Mazda (« Omniscient »). Le roi est le délégué sur terre du Dieu du Bien, il est le protecteur des récoltes, du bien-être, de la paix. Le roi doit être fidèle à la Révélation, et les sujets des rois achéménides et sassanides leur devront une obéissance quasi-religieuse. Les rites du sacre sont évocateurs de cette souveraineté spirituelle ; lorsque le roi lève le bras, il symbolise l’élévation de l’axe du monde ; quand il reçoit l’onction, debout sur le trône, les bras levés, il incarne le trône centre du monde relié au Ciel, et l’aspersion l’identifie aux eaux fécondantes de la terre. Par la suite, il fera un pas vers les quatre points cardinaux, exprimant sa domination du monde. La mise en place d’un clergé spécialisé dans la conduite des rite susceptibles d’aider le souverain dans ses responsabilités et la bonne marche du cosmos, s’est effectuée sous les Achéménides. C’est à une tribu azérie (turcomane) que, tels les lévites dans le judaïsme, ces « Mages » se virent confier la prêtrise héréditaire. Après une formation à la pratique des prières, des hymnes, des exorcismes, des lois même, les « mobad » vont se répartir hiérarchiquement de hautes fonctions comme entretenir le feu sacré du roi ou des grands temples ou des fonctions plus proches des classes populaires en assurant les prières avant les repas ou le droit coutumier. Sous les Sassanides, les mobad gagnèrent une grande influence et exigèrent la persécution des « hétérodoxes » chrétiens ou manichéens.

Les ouvrages rituels auxquels ils ont recours sont l’Avesta (« La Loi »), dont le quart seulement nous est parvenu, environ mille pages. Les plus anciens passages rédigés en vieux perse datent du 1e milliaire avant J-C. tandis que la plus grande partie est une compilation écrite en pahlévi (moyen perse) du IIIe siècle après J-C. L’Avesta, qu’on appelle parfois à tort Zend-Avesta (Zend signifie « l’interprétation »), contient cinq parties. Le Yasna est composé de 72 chapitres dont les 17 Ghatas , qui ont été composés par Zoroastre lui-même. Ces Ghatas sont des hymnes que l’on psalmodie pendant l’office, souvenirs biographiques transformés en fonction d’une réalité liturgique et mythique. On y parle aussi des « fravashi », doubles spirituels des hommes et de la mission des fidèles. Un deuxième tome, les mots Vispered ( Tous les Chefs ) énumère les 24 dieux entourant Ahoura-Mazda. Le troisième est le « Videvdat », ou loi contre les démons ; la naissance miraculeuse de Zoroastre, est évoquée, car il dut avant sa naissance juguler les actions des mauvais esprits par des formules conjoncturelles. Le 4e tome, Yashi, est au contraire une invocation aux anges du Bien. Le tome Khordan Avesta ( Petit Avesta) est un manuel de dévotion quotidienne.

Les célébrations publiques ou familiales sont également organisées par les prêtres. Ainsi le « No Rouz » (« Nouveau Jour » ou Nouvel An ») a lieu le 21 mars et est le commencement de l’année iranienne. Remarquons que l’année romaine, de tradition indo-européenne, commençait également en mars ; d’où l’utilisation des mots « septembre » ( en fait le 9e mois), « octobre » (le 10e mois), « novembre » (le 11e mois), « décembre » (le 12e mois), à contre-emploi. Nous verrons combien les Iraniens, comme les Kurdes, les Afghans, voire les Alevis de Turquie, sont toujours attachés à cette célébration. Le Mazdéisme recommande à tous de se marier (l’Islam en fera de même) puisqu’il s’agit de prolonger par ses descendants la lutte contre le Mal. Le mariage se déroule au coucher du soleil pour signifier que le couple doit rester uni dans l’adversité comme dans la joie. Tout au long de la cérémonie, un prêtre se tient sur l’estrade des mariés tenant le feu sacré dans une coupe. C’est ainsi que se marient encore les Parsis de l’Inde. Quant à l’enterrement, les corps, afin d’éviter de souiller l’eau, le ciel, la terre, sont placés dans une Tour de Silence à ciel ouvert. Les vautours qui planent au-dessus de l’édifice dévorent rapidement la chair des cadavres. Cette pratique est toujours visible à Bombay, mais elle fut interdite par le gouvernement iranien en 1951, et les mazdéens doivent enterrer désormais leurs défunts dans des cimetières. On a relevé, en Anatolie ; à Qatal Hûyûk, les mêmes rites funéraires à l’époque paléolithique ; les cadavres étaient livrés aux oiseaux de proie, puis les squelettes enterrés sous les maisons.


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