Groupe d’Amitié Islamo-Chrétienne

 
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Lettres :
Lettre 25

Sur le Web

Service National des Relation avec les Musulmans
El Kalima
St Philip’s Centre
Christian Muslim Forum
Le Christian Muslim Forum a pour vocation de construire et partager des relations entre chrétiens et musulmans en Angleterre et au-delà.
 
SERIC

Vous êtes chrétien ou musulman et vous avez fait l’expérience de la rencontre de l’autre différent par sa foi et ses pratiques religieuses en échangeant avec lui sur votre manière de vivre et d’exprimer votre foi dans le contexte culturel, religieux, social et politique de notre temps, ou en étant impliqué avec lui dans la vie de quartier, dans le monde du travail, dans l’action culturelle, dans l’action sociale ou politique,

Vous êtes chrétien ou musulman et vous pensez que bon nombre de chrétiens et de musulmans ont de l’autre ou de sa religion une image faussée par des siècles de déni de l’autre et de sa foi,

Vous êtes chrétien ou musulman et vous estimez qu’il est indispensable que dans notre société, des porteurs d’expressions religieuses et philosophiques différentes apprennent à se découvrir et à échanger sur ce qu’ils vivent pour construire un monde de justice et de paix.

 
Groupe des Foyers Islamo-Chrétien

Afin de mieux vivre leur différences culturelle et religieuse, des couples islamo-chrétiens ont épruvé le besoin de se retrouver. Depuis 1977, ils se réunissent afin de réfléchir à leur engagement de couple, de mettre en commun leur expérience, et approfondir leur foi.

Le groupe de foyers islamo-chrétiens souhaite partager ses préoccupations, ses découvertes, et aider les couples mixtes. Autonomes, nous avons des liens avec toutes personnes et organisation qui désirent promouvoir le dialogue, le respect entre chrétiens et musulmans.

 
La Maison Islamo-Chrétienne
Quand des cultures différentes s’accueillent, le monde change d’aspect. Musulmans et chrétiens créent "la maison de demain" où l’hospitalité n’est pas un vain mot.
 
Les religions et la violence - 2ème partie
jeudi 15 mars 2007

TEMOIGNAGE DE JEAN ROGUES

La seconde réflexion était précédée de la lecture de Marc 11, 15-18 (les vendeurs chassés du Temple) et suivie par la proclamation de Mt5, 43-48 (l’amour des ennemis)

Dans cet épisode, comme en d’autres où il lance des invectives, Jésus manifeste de la violence. Pour autant, il n’avalise pas toute violence. On se rappelle ces mots à l’un de ses disciples au moment de son arrestation : « Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » (Mt 26,52). Cela rejoint ce qui a déjà été dit ce soir : l’ambiguïté de la violence. On trouve, sous ce mot, d’un côté un dynamisme vital, une force nécessaire à la défense des faibles, et d’un autre côté un force qui va contre la vie. Par rapport à cette réalité qu’est la violence dans le monde, comment a réagi et réagit le christianisme ? Nous sommes obligés de porter un regard troublant sur la réalité historique et politique qu’il constitue, c’est-à-dire les Eglises chrétiennes telles qu’elles ont été dans le passé et telles qu’elles sont aujourd’hui.

Les scandales du passé sont tellement graves et évidents que l’on se demande comment ils ont été possibles. N’y revenons pas. Il y a sans doute un mieux aujourd’hui : les appels de l’Eglise romaine et du C.O.E pour la paix, la justice, les droits de l’homme, la lutte antiapartheid de la communion anglicane en Afrique du Sud ... Mais il est d’autre aspects plus suspects.

Il y a ce que l’on nomme fondamentalisme ou extrémisme. Nous chrétiens, l’attribuons facilement à d’autres religions. En réalité ces déviations menacent le christianisme. Plus tellement aujourd’hui par les armes que par l’idéologie, et l’on sait bien que les idées peuvent mettre en branle les forces les plus obscènes. Ce sont, au sein du protestantisme les théorisations fondamentalistes que l’on observe principalement aux Etats Unis, avec les conséquences que l’on voit déjà. Ce sont les déviances nationalistes de certaines Eglises orthodoxes. C’est, dans le catholicisme, l’apparition de replis identitaires sapant sans le dire les apports du Concile Vatican II. Cela est particulièrement visible en Pologne où l’on parle d’ultra-catholiques devenant un parti. Et bien d’autres signes.

Cela nous appelle à interroger l’Evangile plus en profondeur. Il est une parole insuffisamment prise en compte, ces phrases fortes du Sermon sur la montagne où Jésus dit : « On vous a dit, eh bien moi, je vous dis ... », en particulier « Vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien, moi, je vous dis : aimez vos ennemis » (Mt 5,44) « Aimer ses ennemis »  ! Sans doute impossible d’y parvenir ni même d’en saisir à fond la signification. Il ne s’agit bien sûr pas d’un mouvement affectif mais d’une attitude spirituelle profonde. Jésus la justifie en ajoutant : « Car votre Père qui est dans les cieux fait lever son soleil sur les justes et les injustes » Le soleil de Dieu : la lumière qu’il projette même sur les pires de ses créatures : aucune n’est exclue d’un possible avenir, où qu’elle en soit de son chemin. L’Evangile invite à partager ce regard de Dieu.

Ce qui nous met sur la voie d’une certaine compréhension, c’est ce qui, hélas, nous est plus familier, son contraire : la haine, le désir de vengeance. Tout ce qui nous fait désirer que l’autre n’existe pas : un monde sans tel ou tel gêneur, sans tel ou tel peuple, sans telle ou telle religion : chacun de nous, sans doute, peut découvrir en lui de telles forces obscures. Mais aussi saisir l’occasion bien réelle de lutter contre et, par là, vivre quelque peu l’expérience du « tu aimeras ton ennemi » . Ces tentations mortifères s’établissent aussi au niveau de collectivités, de peuples entiers, jusqu’à l’escalade mondiale de la violence. Devant cette escalade, l’amour des ennemis peut-il être autre chose qu’une réaction individuelle politiquement inefficace ?

Il y a un discours convenu, « changer les cœurs pour que le monde change », dont le simplisme nous agace. Cette suspicion est souvent justifiée. Mais il est aussi une conversion du coeur qui génère une oeuvre de paix. C’est sur cette voie que nous place le « Tu aimeras ton ennemi » à condition que l’accueil de cette parole soit une expérience vécue lorsque des occasions nous sont données de résister à la tentation de la haine ou de la vengeance.

On dira peut-être « je n’ai pas d’ennemi »’. Mais j’ai des solidarités : ma religion a des ennemis, mon pays en a, mon espace politique en a. La réaction chrétienne n’est pas de m’abstenir de les défendre mais de me garder de la haine. C’est par cette expérience que l’on découvre à la fois l’efficience de la parole évangélique et la joie spirituelle qu’elle engendre.

C’est là sans doute le fond de l’Evangile, mais ce n’est pas le monopole des chrétiens. Nous avons pu le saisir tout à l’heure en écoutant nos amis. Je voudrais, pour finir, en évoquer une illustration qui m’a fortement impressionné. Il s’agit de ce drame de Marseille où une femme a pratiquement été brûlée vive dans un autobus. Cette femme est une Sénégalaise, musulmane. Sa famille est venue à Marseille et a voulu rencontrer la famille du principal suspect. Ensemble les deux familles se sont entendues pour un appel à ce qu’il n’y ait pas de vengeance. N’est-on pas vraiment là dans l’œuvre de paix qui contribue à changer la société, à changer le monde ?

Je suis heureux que l’Evangile ait eu cette parole « tu aimeras ton ennemi ». Je suis heureux aussi que d’autres que les chrétiens en vivent l’esprit et la fécondité.


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